Pourquoi le plan Rothschild n’est pas sérieux

  • Ecrit par NCo
  • 27 October 2006

Voici le texte paru ce matin dans le journal, et signé “l’équipe de Libération” expliquant pourquoi le plan Rothschild, fondé uniquement sur des critères financiers, transformerait Libération en un “gratuit payant”. C’est-à-dire un journal sans journalistes pour faire des enquêtes, sans originalité, avec des photos qu’on voit partout ailleurs et mal écrit. En plus, ce document, qui semble avoir été rédigé à la va-vite, comporte des erreurs de calcul:
“Pour restructurer Libération, Edouard de Rothschild, actionnaire de référence, a remis hier au conseil d’administration un plan fondé sur quelques «critères d’analyse». Nous les reproduisons ici, tels quels, accompagnés des explications qui permettent de comprendre les limites objectives de ce plan.

La rédaction écrivante:
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– Quotidien haut de gamme
– 40 pages en éditorial
– 50% photos, vignettes, infographies
– Deux pages non rédigées (météo, TV)
– 18/19 pages à rédiger
– Un feuillet = 1500 signes
– Un article = 3 feuillets en moyenne
– Une page = 1,5 article maximum en moyenne
– Un journaliste = 1 article par jour en moyenne
– 188 jours travaillés, 313 jours de publication
– 7 services (monde, politique, France, économie/média, sports, culture)
– Un DR rédaction + adjoint +7 chefs de service = 100 journalistes écrivants

Comment cela se passe: Libération est en effet un quotidien «haut de gamme». La vision du nouveau Libérationprésentée par l’actionnaire principal est uniquement comptable et statistique. Elle consiste à traduire exclusivement en chiffres, en nombre de feuillets et de rédacteurs, le contenu du journal. Cette approche est possible et nous la pratiquons pour gérer notre pagination et notre budget. Mais d’une façon plus fine. Que produisons-nous? Un quotidien qui évolue selon l’actualité, entre 32 et 44 pages, auxquelles s’ajoutent: quatre cahiers de 8pages par semaine, pour couvrir l’emploi (lundi), le cinéma (mercredi), les livres (jeudi) et les nouvelles tendances (vendredi); un cahier «villes» de 12 à 16 pages une fois par mois; des cahiers thématiques pour approfondir des actualités ponctuelles. Le calcul qui consiste à dire que 50% de la surface est occupée par les «photos, vignettes et infographies »est un raisonnement mécanique qui n’a pas cours dans la profession et ne garantit pas la qualité de l’iconographie.
Sur les «deux pages non rédigées», l’une, la page TV, l’est. Pour décrypter la forêt télévisuelle. Un feuillet fait bien 1500 signes. Dont acte. Mais un article ne fait pas «trois feuillets en moyenne».Entre une brève à 400 signes et un article sur trois pages à 18000 signes, il existe toute une batterie de longueurs possibles: 12500 signes pour la double page d’une Grand Angle (en fin de journal), 6000 signes pour une «ouverture» (premier article d’une rubrique), 2 300 signes pour un «éclairage» (article de complément sur un sujet), 1000 signes pour un encadré, sont quelques exemples parmi une vingtaine de formats courants. Cette variété permet de hiérarchiser l’information et donne au lecteur une première appréciation de ce qui est important.
Un journaliste ne peut pas produire sur le seul rythme d’«un article par jour en moyenne».En tout cas pas dans un quotidien de qualité. Comment travaillons-nous? En reportage, sur place. Un conflit social peut déboucher sur un article par jour: chaque journée est l’objet d’un récit. Le climat d’une cité de banlieue, déjà moins: il faut prendre son temps, rencontrer les gens, éviter à tout prix le survol rapide d’une situation complexe. Comment travaillonsnous? En enquêtant. Contacts, rendez-vous, coups de fil. Parfois, deux ou trois vont suffire. D’autres fois, non. L’investigation, par exemple, peut prendre des semaines. Pendant ce tempslà, le rédacteur peut traiter aussi d’autres sujets mais pas forcément avec une régularité d’horloge.
Faire «un article par jour» est simple: en «bâtonnant» des dépêches d’agence, autrement dit en les coupant et en les collant bout à bout, on peut facilement en obtenir trois par jour. Les gratuits sont produits comme cela. Combien de services dans une rédaction comme la nôtre? Les sept que recense l’actionnaire de référence, mais il oublie, entre autres, le service Portraits, créé il y a plus de dix ans par Libérationet copié depuis partout ailleurs; le service Terre-Sciences, création récente du journal pour suivre toutes les questions de développement durable et d’avenir de la planète; le service Vous, autre création sur les sujets de vie quotidienne. Les services ne sont pas seulement le «rangement» des journalistes: ils sont aussi une traduction opérationnelle des contenus du journal. Nous travaillons de notre côté à unerestructuration des services.
«Un directeur de la rédaction, un adjoint et sept chefs de service»: un tel encadrement fait l’impasse sur le travail d’animation d’équipes, de propositions, de relecture ou de gestion.
«100 journalistes écrivants»? Les critères de productivité énoncés dans le plan reviennent à réduire la rédaction à 54 personnes. Pour mémoire aujourd’hui, 198 journalistes permanents travaillent à Libération. Sans compter les pigistes, journalistes payés à l’article. Aucune rédaction ne peut s’en passer. Soit parce qu’ils sont très spécialiséssoit parce qu’ils sont basés en région ou à l’étranger. Le Monde compte 290 journalistes dont 250 sur le quotidien et une cinquantaine sur les suppléments hebdomadaires. Le Figaro, lui, emploie environ 330 journalistes pour le quotidien et une centaine de pigistes.

L’édition
Ce que propose l’actionnaire de référence:

- Mise en place d’outils de correction automatique. Concept de zéro défaut
- Tâches à définir
- Titrage fait par l’édition (proposition titres)
- 40 pages à éditer dont 50% éditoriale (sic)
- Un éditeur édite 7 pages = 12 éditeurs

Comment cela se passe: La correction n’est pas assurée par les éditeurs mais par les correcteurs. Le correcteur informatique est un outil certes utile, mais limité, en particulier sur le plan de la grammaire et de la vérification des contenus. Le «zéro défaut» est impossible avec une machine. Que fait l’édition à Libération? Tout l’aval du traitement des articles. Composition des séquences (quel article à quelle place), des pages (quel article en haut, en bas, long ou court, avec une photo ou pas, grande ou petite, avec une infographie, une carte). Relecture des articles, écriture des titres, sous-titres, légendes des photos, relances. Application des «feuilles de styles», en clair toutes les règles typographiques prévues par la maquette deLibération. «Bon à tirer» final des pages. L’éditeur boucle sa séquence vers 22heures et est responsable de ses pages. S’ajoute à cela une édition centrale qui coordonne et construit chaque jour un journal différent, dont le nombre de pages s’adapte à l’actualité.
Un éditeur peut-il éditer 7 pages? Les éditeurs de Libération ont actuellement 2 à 3 pages sous leur responsabilité. La qualité des pages est le fruit de cette organisation propre à Libération, et dont l’art du titre est l’élément le plus visible pour le lecteur. Par ailleurs, beaucoup d’éditeurs écrivent. Dans le plan qui est le nôtre, nous avons prévu d’intensifier cette polyvalence. La productivité n’est absolument pas secondaire dans notre esprit. Notre proposition prévoit un investissement dans un nouvel outil éditorial et une centralisation de l’édition, avec à la clé une nouvelle culture professionnelle puisque l’édition, loin d’être cantonnée au seul support papier, pourra éditer, produire des contenus pour le Web ou un magazine.

La correction
Ce que propose l’actionnaire de référence:

- Nombre de pages à corriger: 20 + légendes
- Moyenne de temps par page: 30 minutes = 10 heures de correction par jour = 3 ETP [équivalents temps plein, ndlr]=6 mi-temps

Comment cela se passe: Toutes les pages de Libérationsont corrigées, puisque aucune page ne regroupe que des photos. La moitié des pages sont corrigées dans un laps de temps de deux heures chaque soir car la tombée de la copie est «en entonnoir». Le service comporte 7,6 équivalents temps plein. Les correcteurs veillent à l’application de ce qu’on appelle «la marche maison»: écriture des noms propres, des sigles et des termes appropriés sur les sujets sensibles. Ils assurent aussi une vérification des contenus… Notre projet de relance prévoit de centraliser la correction. Pour rationaliser les interventions, mais aussi élargir les tâches des correcteurs au Web, par exemple.

La maquette
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– Nécessité d’automatisation
– DA [directeur artistique, ndlr] + adjoint
– 4 personnes

Comment cela se passe: L’automatisation existe déjà en grande partie à Libération, pour les pages plus simples, et peut être améliorée grâce à l’investissement dans de nouveaux outils. Aujourd’hui, le DA et les trois maquettistes font du sur-mesure pour la une, l’événement, les cahiers, la double page Grand Angle, les ouvertures, tout ce qui donne son caractère à Libération.Une bonne partie de ce qui fait un «quotidien haut de gamme»tient à la façon dont il se présente à ses lecteurs. L’effectif prévu par l’actionnaire fait l’impasse totale sur l’infographie. Un éditeur travaille à temps plein pour assurer l’interface entre trois infographistes extérieurs et la rédaction. C’est peu dire quel’identité visuelle du journal a participé à sa notoriété. Cette importance de la mise en scène et du visuel a d’ailleurs été reconnue et reprise par la concurrence.

La photo
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– 30 photos par jour.
– Un iconographe = 10 photos. = 6 personnes
– PS: en augmentant la part des photos forfaitisées de 15%, l’économie est de 200Ke

Comment cela se passe: Libérationpublie une quarantaine de photos par jour avec un service de 12,5 personnes équivalent temps plein. Parmi elles, les salariés qui gèrent le fonds exceptionnel d’archives que Libération a constitué en trente ans de commandes auprès des photographes du monde entier. Un éditeur photo ne peut traiter que 4 pages par jour. Pourquoi? Parce que trouver une photo peut prendre plusieurs heures. Exemple: pour illustrer un article sur la chaîne de fast-food Quick, il faut trouver une aiguille dans une botte de foin de 200 images représentant des enseignes. Une commande à un photographe, c’est la discussion avec lui, l’organisation de son reportage (contacts, autorisations), la lecture des articles, l’examen des photos et le choix final.
Les «photos forfaitisées» sont celles que l’on achète à une agence avec laquelle on conclut un forfait. Augmenter leur utilisation est un mauvais calcul éditorial car on pioche alors dans le même choix que les titres concurrents. Mais aussi économique: une commande à un photographe indépendant revient en moyenne à 160euros avec la réutilisation possible d’autres images du reportage; une photo achetée en agence coûte en moyenne 190 euros pour une utilisation unique. Libérationdoit rester ce qu’il a été jusqu’à présent: le lieu de l’invention photographique et de la découverte de nouveaux talents.

Le prépresse:
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– Réduction a minima du scannage (0 photo argentique)
– Mise en conformité, couleurs, impression
– Nouveau logiciel pour automatisation
– 3 personnes

Comment cela se passe: Il est impossible de supprimer la photo argentique dans Libération.Parce que des grands noms de la photo travaillent avec cette technique. Mais aussi parce qu’elle reste indispensable pour tous les formats autres que le 24×36: carré, 6×6, 6×7, qui ne sont pas encore des formats de numérique. Les photos numériques ont, au demeurant, besoin aussi d’un travail au scanner. Au prépresse, les scannéristes, techniciens de flashage et coordinateurs avec les imprimeries assurent la gestion du «chemin de fer» –ensemble des pages du journal–, l’interface avec la régie publicitaire pour insérer les publicités dans les pages. Et l’envoi des pages vers les six centres d’impression. Notre réflexion sur l’évolution des métiers du prépresse s’intègre dans une refonte globale de la chaîne de fabrication. On ne peut penser le prépresse sans penser l’édition, la photo, la maquette, la publicité… Les services absents Le plan de l’actionnaire de référence passe sous silence certains services de Libération,dont un majeur: celui qui gère le site web.Le site de Libérationest d’abord un site d’information généraliste, rigoureux, répondant aux mêmes critères de qualité que ceux du quotidien papier. L’actionnaire ne parle que filialisation, que nous n’écartons pas. Mais sur la base d’un projet cohérent, audacieux et conforme aux valeurs du journal. D’autant que nous savons que le Web est l’un des axes forts de relance et de développement du titre, de la marque. C’est pour cela qu’il est au coeur de notre projet. Autres absents: la documentation et les archives, essentiels au travail des journalistes; la diffusion et les abonnements.

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Il est clair que Mr de Rotschild ne connait rien à la presse écrite et a investi dans libé dans un but purement économique. Son plan n’est pas sérieux et anéanti l’ame meme de ce quotidien. J’ai investi, malgré des difficultés personnelles, dans la société des lecteurs de ce journal, parcque je l’aime et que je suis abonné et que je veux qu’il vive, en vrai libé, avec son ton, ses valeurs etc… Si le plan de Mr de Rotschild devait etre validé, je serais malheureusement obligé de me détourner de “mon” libé. Ma déontologie ne m’autorise pas à cautionner ce genre de presse!

Le plan de la Rédaction est bon, celui de Edouard de Rothschild menace l’identité du journal. Mais êtes-vous certains que Edwy Pleynel soit le bon choix pour aller vers l’avenir ? Il est tellement prévisible et formaté. N’y a-t-il pas d’alternative à ce choix ?

Je trouve que vous êtes particulièrement gonflé de poster ce billet sur le site de la SLL.

Il se trouve que je fais partie de la SLL. Demandez à ses membres leur avis serait il trop difficile ?

Je n’ai pas encore d’avis sur le plan Rotschild alors de grace laissez les membres de la SLL réfléchir avant de ce type de post.

ce n’est pas avec une réduction des couts que vous sauverez ce journal mais en conquerants de nouveaux lecteurs et de nouveaux annonceurs publicitaires.Pour cela il éxiste des solutions.Je suis surpris que personne n’en parle et que les seulsz commentaires que l’on peut lire sont des commentaires affectifs.
Avec ses 100000 euros que peut faire la société des lecteurs : RIEN.
Il faut mettre plusieurs millions
d’euros et une bonne politique commerciale.Il en éxiste.

. SAUVER libe passe par un plan d economie,une relance de la diffusion donc un decollage du lectorat sans cela c est fichu.ON NE POURRA FAIRE L ECONOMIE D UNE Reflexion sur le contenu actuel qui est sujet a debat et qui serait responsable d une chute du lectorat.J ecris cette derniere phrase au conditionnel car je demeure perplexe sur cette dernirere analyse.

Je suis abonné à Libération, lecteur quotidien depuis 25 ans, très attaché au canard, mais je ne suis pas à la SLL car les “membres s’interdisent d’intervenir sur le contenu éditorial” et je ne veux pas m’aliéner ma liberté de parole sur ce que je pense du journal et de son contenu.

La réponse de “L’équipe de Libération” au plan de cadrage *quantitatif* de Rothschild m’a semblé infantile à la première lecture, une espèce de donnage de leçons à côté de la plaque, et il est extrêmement étonnant de retrouver ce texte tel quel sans distance critique sur le site d’une Société des Lecteurs de Libération.

Contrairement à ce que dit le premier commentateur ici, il semble au contraire clair que Rothschild n’a pas investi dans un but purement économique. Il serait tout de même très peu avisé d’essayer de faire de l’argent dans la presse écrite en ce moment.

Mais bon, on a vraiment le sentiment qu’il y a une espèce de tropisme “lutte des classes” irréductible ou insublimable, apparemment plus important à perpétuer que d’éviter la fin de Libération.

Espérons en un sursaut de l’instinct de vie sur le fantasme d’un financement sans contrainte assurant la paye de 198 journalistes écrivant moins d’un article par jour. (Au passage, à titre comparatif, je dois traduire 4000 mots par jour pour ne pas être en déficit, si je ne les fais pas, je suis dans la merde et personne ne me paye quand je ne traduis pas.)

Lionel


Pourquoi le plan Rothschild n’est pas sérieux

  • Ecrit par NCo
  • 27 October 2006

Voici le texte paru ce matin dans le journal, et signé “l’équipe de Libération” expliquant pourquoi le plan Rothschild, fondé uniquement sur des critères financiers, transformerait Libération en un “gratuit payant”. C’est-à-dire un journal sans journalistes pour faire des enquêtes, sans originalité, avec des photos qu’on voit partout ailleurs et mal écrit. En plus, ce document, qui semble avoir été rédigé à la va-vite, comporte des erreurs de calcul:
“Pour restructurer Libération, Edouard de Rothschild, actionnaire de référence, a remis hier au conseil d’administration un plan fondé sur quelques «critères d’analyse». Nous les reproduisons ici, tels quels, accompagnés des explications qui permettent de comprendre les limites objectives de ce plan.

La rédaction écrivante:
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– Quotidien haut de gamme
– 40 pages en éditorial
– 50% photos, vignettes, infographies
– Deux pages non rédigées (météo, TV)
– 18/19 pages à rédiger
– Un feuillet = 1500 signes
– Un article = 3 feuillets en moyenne
– Une page = 1,5 article maximum en moyenne
– Un journaliste = 1 article par jour en moyenne
– 188 jours travaillés, 313 jours de publication
– 7 services (monde, politique, France, économie/média, sports, culture)
– Un DR rédaction + adjoint +7 chefs de service = 100 journalistes écrivants

Comment cela se passe: Libération est en effet un quotidien «haut de gamme». La vision du nouveau Libérationprésentée par l’actionnaire principal est uniquement comptable et statistique. Elle consiste à traduire exclusivement en chiffres, en nombre de feuillets et de rédacteurs, le contenu du journal. Cette approche est possible et nous la pratiquons pour gérer notre pagination et notre budget. Mais d’une façon plus fine. Que produisons-nous? Un quotidien qui évolue selon l’actualité, entre 32 et 44 pages, auxquelles s’ajoutent: quatre cahiers de 8pages par semaine, pour couvrir l’emploi (lundi), le cinéma (mercredi), les livres (jeudi) et les nouvelles tendances (vendredi); un cahier «villes» de 12 à 16 pages une fois par mois; des cahiers thématiques pour approfondir des actualités ponctuelles. Le calcul qui consiste à dire que 50% de la surface est occupée par les «photos, vignettes et infographies »est un raisonnement mécanique qui n’a pas cours dans la profession et ne garantit pas la qualité de l’iconographie.
Sur les «deux pages non rédigées», l’une, la page TV, l’est. Pour décrypter la forêt télévisuelle. Un feuillet fait bien 1500 signes. Dont acte. Mais un article ne fait pas «trois feuillets en moyenne».Entre une brève à 400 signes et un article sur trois pages à 18000 signes, il existe toute une batterie de longueurs possibles: 12500 signes pour la double page d’une Grand Angle (en fin de journal), 6000 signes pour une «ouverture» (premier article d’une rubrique), 2 300 signes pour un «éclairage» (article de complément sur un sujet), 1000 signes pour un encadré, sont quelques exemples parmi une vingtaine de formats courants. Cette variété permet de hiérarchiser l’information et donne au lecteur une première appréciation de ce qui est important.
Un journaliste ne peut pas produire sur le seul rythme d’«un article par jour en moyenne».En tout cas pas dans un quotidien de qualité. Comment travaillons-nous? En reportage, sur place. Un conflit social peut déboucher sur un article par jour: chaque journée est l’objet d’un récit. Le climat d’une cité de banlieue, déjà moins: il faut prendre son temps, rencontrer les gens, éviter à tout prix le survol rapide d’une situation complexe. Comment travaillonsnous? En enquêtant. Contacts, rendez-vous, coups de fil. Parfois, deux ou trois vont suffire. D’autres fois, non. L’investigation, par exemple, peut prendre des semaines. Pendant ce tempslà, le rédacteur peut traiter aussi d’autres sujets mais pas forcément avec une régularité d’horloge.
Faire «un article par jour» est simple: en «bâtonnant» des dépêches d’agence, autrement dit en les coupant et en les collant bout à bout, on peut facilement en obtenir trois par jour. Les gratuits sont produits comme cela. Combien de services dans une rédaction comme la nôtre? Les sept que recense l’actionnaire de référence, mais il oublie, entre autres, le service Portraits, créé il y a plus de dix ans par Libérationet copié depuis partout ailleurs; le service Terre-Sciences, création récente du journal pour suivre toutes les questions de développement durable et d’avenir de la planète; le service Vous, autre création sur les sujets de vie quotidienne. Les services ne sont pas seulement le «rangement» des journalistes: ils sont aussi une traduction opérationnelle des contenus du journal. Nous travaillons de notre côté à unerestructuration des services.
«Un directeur de la rédaction, un adjoint et sept chefs de service»: un tel encadrement fait l’impasse sur le travail d’animation d’équipes, de propositions, de relecture ou de gestion.
«100 journalistes écrivants»? Les critères de productivité énoncés dans le plan reviennent à réduire la rédaction à 54 personnes. Pour mémoire aujourd’hui, 198 journalistes permanents travaillent à Libération. Sans compter les pigistes, journalistes payés à l’article. Aucune rédaction ne peut s’en passer. Soit parce qu’ils sont très spécialiséssoit parce qu’ils sont basés en région ou à l’étranger. Le Monde compte 290 journalistes dont 250 sur le quotidien et une cinquantaine sur les suppléments hebdomadaires. Le Figaro, lui, emploie environ 330 journalistes pour le quotidien et une centaine de pigistes.

L’édition
Ce que propose l’actionnaire de référence:

- Mise en place d’outils de correction automatique. Concept de zéro défaut
- Tâches à définir
- Titrage fait par l’édition (proposition titres)
- 40 pages à éditer dont 50% éditoriale (sic)
- Un éditeur édite 7 pages = 12 éditeurs

Comment cela se passe: La correction n’est pas assurée par les éditeurs mais par les correcteurs. Le correcteur informatique est un outil certes utile, mais limité, en particulier sur le plan de la grammaire et de la vérification des contenus. Le «zéro défaut» est impossible avec une machine. Que fait l’édition à Libération? Tout l’aval du traitement des articles. Composition des séquences (quel article à quelle place), des pages (quel article en haut, en bas, long ou court, avec une photo ou pas, grande ou petite, avec une infographie, une carte). Relecture des articles, écriture des titres, sous-titres, légendes des photos, relances. Application des «feuilles de styles», en clair toutes les règles typographiques prévues par la maquette deLibération. «Bon à tirer» final des pages. L’éditeur boucle sa séquence vers 22heures et est responsable de ses pages. S’ajoute à cela une édition centrale qui coordonne et construit chaque jour un journal différent, dont le nombre de pages s’adapte à l’actualité.
Un éditeur peut-il éditer 7 pages? Les éditeurs de Libération ont actuellement 2 à 3 pages sous leur responsabilité. La qualité des pages est le fruit de cette organisation propre à Libération, et dont l’art du titre est l’élément le plus visible pour le lecteur. Par ailleurs, beaucoup d’éditeurs écrivent. Dans le plan qui est le nôtre, nous avons prévu d’intensifier cette polyvalence. La productivité n’est absolument pas secondaire dans notre esprit. Notre proposition prévoit un investissement dans un nouvel outil éditorial et une centralisation de l’édition, avec à la clé une nouvelle culture professionnelle puisque l’édition, loin d’être cantonnée au seul support papier, pourra éditer, produire des contenus pour le Web ou un magazine.

La correction
Ce que propose l’actionnaire de référence:

- Nombre de pages à corriger: 20 + légendes
- Moyenne de temps par page: 30 minutes = 10 heures de correction par jour = 3 ETP [équivalents temps plein, ndlr]=6 mi-temps

Comment cela se passe: Toutes les pages de Libérationsont corrigées, puisque aucune page ne regroupe que des photos. La moitié des pages sont corrigées dans un laps de temps de deux heures chaque soir car la tombée de la copie est «en entonnoir». Le service comporte 7,6 équivalents temps plein. Les correcteurs veillent à l’application de ce qu’on appelle «la marche maison»: écriture des noms propres, des sigles et des termes appropriés sur les sujets sensibles. Ils assurent aussi une vérification des contenus… Notre projet de relance prévoit de centraliser la correction. Pour rationaliser les interventions, mais aussi élargir les tâches des correcteurs au Web, par exemple.

La maquette
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– Nécessité d’automatisation
– DA [directeur artistique, ndlr] + adjoint
– 4 personnes

Comment cela se passe: L’automatisation existe déjà en grande partie à Libération, pour les pages plus simples, et peut être améliorée grâce à l’investissement dans de nouveaux outils. Aujourd’hui, le DA et les trois maquettistes font du sur-mesure pour la une, l’événement, les cahiers, la double page Grand Angle, les ouvertures, tout ce qui donne son caractère à Libération.Une bonne partie de ce qui fait un «quotidien haut de gamme»tient à la façon dont il se présente à ses lecteurs. L’effectif prévu par l’actionnaire fait l’impasse totale sur l’infographie. Un éditeur travaille à temps plein pour assurer l’interface entre trois infographistes extérieurs et la rédaction. C’est peu dire quel’identité visuelle du journal a participé à sa notoriété. Cette importance de la mise en scène et du visuel a d’ailleurs été reconnue et reprise par la concurrence.

La photo
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– 30 photos par jour.
– Un iconographe = 10 photos. = 6 personnes
– PS: en augmentant la part des photos forfaitisées de 15%, l’économie est de 200Ke

Comment cela se passe: Libérationpublie une quarantaine de photos par jour avec un service de 12,5 personnes équivalent temps plein. Parmi elles, les salariés qui gèrent le fonds exceptionnel d’archives que Libération a constitué en trente ans de commandes auprès des photographes du monde entier. Un éditeur photo ne peut traiter que 4 pages par jour. Pourquoi? Parce que trouver une photo peut prendre plusieurs heures. Exemple: pour illustrer un article sur la chaîne de fast-food Quick, il faut trouver une aiguille dans une botte de foin de 200 images représentant des enseignes. Une commande à un photographe, c’est la discussion avec lui, l’organisation de son reportage (contacts, autorisations), la lecture des articles, l’examen des photos et le choix final.
Les «photos forfaitisées» sont celles que l’on achète à une agence avec laquelle on conclut un forfait. Augmenter leur utilisation est un mauvais calcul éditorial car on pioche alors dans le même choix que les titres concurrents. Mais aussi économique: une commande à un photographe indépendant revient en moyenne à 160euros avec la réutilisation possible d’autres images du reportage; une photo achetée en agence coûte en moyenne 190 euros pour une utilisation unique. Libérationdoit rester ce qu’il a été jusqu’à présent: le lieu de l’invention photographique et de la découverte de nouveaux talents.

Le prépresse:
Ce que propose l’actionnaire de référence:

– Réduction a minima du scannage (0 photo argentique)
– Mise en conformité, couleurs, impression
– Nouveau logiciel pour automatisation
– 3 personnes

Comment cela se passe: Il est impossible de supprimer la photo argentique dans Libération.Parce que des grands noms de la photo travaillent avec cette technique. Mais aussi parce qu’elle reste indispensable pour tous les formats autres que le 24×36: carré, 6×6, 6×7, qui ne sont pas encore des formats de numérique. Les photos numériques ont, au demeurant, besoin aussi d’un travail au scanner. Au prépresse, les scannéristes, techniciens de flashage et coordinateurs avec les imprimeries assurent la gestion du «chemin de fer» –ensemble des pages du journal–, l’interface avec la régie publicitaire pour insérer les publicités dans les pages. Et l’envoi des pages vers les six centres d’impression. Notre réflexion sur l’évolution des métiers du prépresse s’intègre dans une refonte globale de la chaîne de fabrication. On ne peut penser le prépresse sans penser l’édition, la photo, la maquette, la publicité… Les services absents Le plan de l’actionnaire de référence passe sous silence certains services de Libération,dont un majeur: celui qui gère le site web.Le site de Libérationest d’abord un site d’information généraliste, rigoureux, répondant aux mêmes critères de qualité que ceux du quotidien papier. L’actionnaire ne parle que filialisation, que nous n’écartons pas. Mais sur la base d’un projet cohérent, audacieux et conforme aux valeurs du journal. D’autant que nous savons que le Web est l’un des axes forts de relance et de développement du titre, de la marque. C’est pour cela qu’il est au coeur de notre projet. Autres absents: la documentation et les archives, essentiels au travail des journalistes; la diffusion et les abonnements.

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Il est clair que Mr de Rotschild ne connait rien à la presse écrite et a investi dans libé dans un but purement économique. Son plan n’est pas sérieux et anéanti l’ame meme de ce quotidien. J’ai investi, malgré des difficultés personnelles, dans la société des lecteurs de ce journal, parcque je l’aime et que je suis abonné et que je veux qu’il vive, en vrai libé, avec son ton, ses valeurs etc… Si le plan de Mr de Rotschild devait etre validé, je serais malheureusement obligé de me détourner de “mon” libé. Ma déontologie ne m’autorise pas à cautionner ce genre de presse!

Le plan de la Rédaction est bon, celui de Edouard de Rothschild menace l’identité du journal. Mais êtes-vous certains que Edwy Pleynel soit le bon choix pour aller vers l’avenir ? Il est tellement prévisible et formaté. N’y a-t-il pas d’alternative à ce choix ?

Je trouve que vous êtes particulièrement gonflé de poster ce billet sur le site de la SLL.

Il se trouve que je fais partie de la SLL. Demandez à ses membres leur avis serait il trop difficile ?

Je n’ai pas encore d’avis sur le plan Rotschild alors de grace laissez les membres de la SLL réfléchir avant de ce type de post.

ce n’est pas avec une réduction des couts que vous sauverez ce journal mais en conquerants de nouveaux lecteurs et de nouveaux annonceurs publicitaires.Pour cela il éxiste des solutions.Je suis surpris que personne n’en parle et que les seulsz commentaires que l’on peut lire sont des commentaires affectifs.
Avec ses 100000 euros que peut faire la société des lecteurs : RIEN.
Il faut mettre plusieurs millions
d’euros et une bonne politique commerciale.Il en éxiste.

. SAUVER libe passe par un plan d economie,une relance de la diffusion donc un decollage du lectorat sans cela c est fichu.ON NE POURRA FAIRE L ECONOMIE D UNE Reflexion sur le contenu actuel qui est sujet a debat et qui serait responsable d une chute du lectorat.J ecris cette derniere phrase au conditionnel car je demeure perplexe sur cette dernirere analyse.

Je suis abonné à Libération, lecteur quotidien depuis 25 ans, très attaché au canard, mais je ne suis pas à la SLL car les “membres s’interdisent d’intervenir sur le contenu éditorial” et je ne veux pas m’aliéner ma liberté de parole sur ce que je pense du journal et de son contenu.

La réponse de “L’équipe de Libération” au plan de cadrage *quantitatif* de Rothschild m’a semblé infantile à la première lecture, une espèce de donnage de leçons à côté de la plaque, et il est extrêmement étonnant de retrouver ce texte tel quel sans distance critique sur le site d’une Société des Lecteurs de Libération.

Contrairement à ce que dit le premier commentateur ici, il semble au contraire clair que Rothschild n’a pas investi dans un but purement économique. Il serait tout de même très peu avisé d’essayer de faire de l’argent dans la presse écrite en ce moment.

Mais bon, on a vraiment le sentiment qu’il y a une espèce de tropisme “lutte des classes” irréductible ou insublimable, apparemment plus important à perpétuer que d’éviter la fin de Libération.

Espérons en un sursaut de l’instinct de vie sur le fantasme d’un financement sans contrainte assurant la paye de 198 journalistes écrivant moins d’un article par jour. (Au passage, à titre comparatif, je dois traduire 4000 mots par jour pour ne pas être en déficit, si je ne les fais pas, je suis dans la merde et personne ne me paye quand je ne traduis pas.)

Lionel